L’homme qui tient la chambre d’hôtes est un homme atypique. Un mot qualifie l’individu : le mot « libre ». Toute sa vie, la liberté a inspiré son action. Le dîner d’hier soir et le petit déjeuner de ce matin ont été passionnants. Depuis le départ de Bâle, j’ai rencontré une petite dizaine de personnes « hors norme ». Ces rencontres ont été toujours trop courtes, les discussions trop succinctes. Mais je garderai toujours en mémoire chacune de ces rencontres, car chacune est riche d’enseignements. Je développerai plus tard, dans une de mes Réflexions du jour, l’histoire de cet homme et les leçons de vie que l’on peut en tirer.
Je suis parti maintenant depuis une petite heure. Treigny étant situé dans un vallon, c’est une longue montée pour atteindre le plateau qui m’attendait. Comme mise en route, on peut faire mieux ! Il a plu toute la nuit. Le chemin est gorgé d’eau et glissant. Pour éviter d’avoir les chaussettes trempées, je bondis d’une pierre à l’autre, d’une motte de terre à l’autre. Chaque pas demande une attention particulière. Un moment de distraction et le risque de glisser et de tomber est réel. Heureusement, je suis parfaitement équipé. Mes chaussures et mon pantalon pluie sont parfaitement imperméables. Je me félicite des achats effectués avant de partir. Chaque tenue avait fait l’objet d’une attention particulière, d’un comparatif détaillé sur le web et avec le vendeur. Mais une fois sur le terrain, j’apprécie grandement la sélection sévère effectuée en amont.
Une fois arrivé sur le plateau, je récupère le GRP « Tour de la Puisaye ». Le sentier court à travers la forêt. Les pluies de ces deux dernières nuits ont modifié les teintes des feuilles d’arbre. Elles s’habillent maintenant de jaune, de rouge, d’orange, de brun et d’ocre. Les toutes premières feuilles commencent à tomber. Les champignons explosent. Toutes les formes, toutes les couleurs ! Combien d’espèces différentes ! Un vrai festival ! L’automne a bien fait son apparition.
Le ciel est gris, la forêt dense, la luminosité faible, pas une âme qui vive sur ce chemin, aucun animal, aucun chant d’oiseau, fini les concerts de mouches, d’abeilles et de bourdons qui m’accompagnaient en juin, bref l’atmosphère est quelque peu lugubre. Soudain, alors que j’avance dans ce calme total, des hurlements de loup brisent le silence. Les cris semblent proches. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Inutile de faire demi-tour. Je continue d’avancer sans faire le fier. J’en arrive à souhaiter la fin de cette forêt. J’imagine que si ces loups étaient en liberté, ils m’auraient déjà sauté dessus ! Je découvre alors que le chemin longe sur une bonne centaine de mètres un très grand chenil. Je ne vois pas les bêtes, une futaie séparant le chenil du chemin. J’apprendrai le soir à la chambre d’hôtes que ce chenil héberge des dizaines de chiens de chasse ! Il arrive que ces chiens, en l’absence de leur maître, hurlent à la mort.
L’aventure, ça creuse. Il est 13h30. Je prends un steak frites dans un bar restaurant à Saint-Amand-en-Puisaye. Je mange rapidement car je dois être à 15h00 à la chambre d’hôtes, distante de 7 kilomètres. A la sortie du village, le sentier grimpe sur deux kilomètres. Pas l’idéal pour une digestion tranquille ! Un peu plus loin, sur le bas-côté du chemin, je trouve un tas de plumes de faisan. J’imagine qu’un chasseur a réussi son affaire ce week-end, que son chien l’a pris dans sa gueule, que la pauvre bête s’est débattue comme elle a pu. Elle y a laissé non seulement ses plumes mais sa vie !
Pour arriver à l’heure dite, je quitte le chemin et emprunte une départementale sur quatre kilomètres. Définitivement, marcher sur du goudron n’a aucun intérêt. Les pieds chauffent rapidement, très rapidement. Bref, le plaisir s’éteint vite. Mais l’heure, c’est l’heure ! J’arriverai même avec quelques minutes d’avance !
Treigny - Arquian : 19 km / 4h30 (cumul 613 km / 146h)
Département : Yonne (89) puis Nièvre (58)
Région : Bourgogne
Paysage : ** (les bois au nord de Saint-Amand-en-Puisaye)
Météo : ciel couvert. 17°
Hébergement à l'arrivée : chambre d'hôtes
Le physique : ras
Le moral : 4° jour de marche depuis la reprise et no souci => le plaisir est là !
© Philippe MATHON